Le style d'attachement, de Mary Ainsworth à votre dernière dispute
Par hmmm.me editorial team · Publié le 19 avril 2026
Dans les discussions actuelles sur les relations, le mot « attachement » provient généralement d’une seule expérience.
Dans les années 1960, la psychologue du développement Mary Ainsworth a mis en place une étude qu’elle a appelée la Situation Étrange. Un parent et un enfant d’un an étaient placés dans une salle de jeux. Un chercheur allait et venait. Le parent partait brièvement puis revenait. Ainsworth a observé la réaction de l’enfant à la séparation et, point crucial, aux retrouvailles.
La plupart des enfants présentaient l’un des trois schémas suivants. Certains étaient contrariés au départ du parent et rapidement apaisés à son retour — le style sécure. Certains se cramponnaient au préalable, étaient très bouleversés lors de la séparation et difficiles à calmer ensuite — le style anxieux. D’autres donnaient l’impression de ne pas s’en soucier, retournant à leurs jouets même au retour du parent — le style évitant. Un quatrième schéma, le style désorganisé, a été identifié plus tard : des enfants qui semblaient tiraillés ou désorientés, s’approchant puis s’éloignant du parent.
Ces quatre schémas constituent la structure de base de tout ce qui s’est construit autour de cette théorie depuis lors.
Des tout-petits aux adultes
Les travaux d’Ainsworth portaient sur des enfants d’un an. Dans les années 1980, les chercheurs Cindy Hazan et Phillip Shaver ont rédigé un court article se demandant si ces mêmes schémas pouvaient décrire les relations amoureuses chez l’adulte. Ils ont publié un questionnaire dans un journal. Les résultats ressemblaient globalement aux catégories d’Ainsworth, transposées à des problèmes d’adultes : jalousie, peur de l’abandon, inconfort face à l’intimité.
Ce fut l’une de ces idées qui a échappé au laboratoire presque immédiatement. Elle est devenue partie intégrante du vocabulaire de la psychologie populaire. Dans les années 2010, il était devenu impossible de faire défiler un forum sur les relations sans y lire quelqu’un s’identifiant comme ayant un « attachement anxieux ».
Une partie de cette vulgarisation est correcte. Une autre est simpliste. Le véritable modèle de recherche est plus nuancé.
Les deux dimensions
Ce que les chercheurs actuels sur l’attachement mesurent réellement, ce ne sont pas quatre cases, mais deux dimensions continues. C’est important, car c’est ce qui explique pourquoi une même personne peut se sentir « anxieuse » dans une relation et « sécure » dans une autre.
La première dimension est l’anxiété liée à l’attachement — à quel point vous vous inquiétez de la disponibilité d’un proche, à quel point vous avez besoin d’être rassuré, et à quelle vitesse un SMS qui tarde à venir devient un événement émotionnel.
La seconde est l’évitement lié à l’attachement — dans quelle mesure vous êtes à l’aise avec le fait d’avoir besoin de quelqu’un, à quelle vitesse vous prenez vos distances quand les émotions s’intensifient, et à quel point vous préférez gérer les choses par vous-même.
Tout le monde se situe quelque part sur chacun de ces axes. Les quatre styles représentent les coins de cet espace bidimensionnel :
- Faible anxiété, faible évitement → sécure.
- Forte anxiété, faible évitement → anxieux (ou préoccupé).
- Faible anxiété, fort évitement → évitant (ou détaché).
- Forte anxiété, fort évitement → craintif (ou désorganisé).
La plupart des gens ne se trouvent pas dans un coin. La plupart se situent quelque part sur la carte, plus proches d’un coin que des autres, et plus ils se rapprochent des bords, plus l’un des schémas a tendance à se manifester clairement.
Ce qu’il prédit, et ce qu’il ne prédit pas
Les schémas d’attachement permettent de prédire de manière modérée des aspects comme la satisfaction relationnelle, le comportement lors des conflits, la façon dont les individus réagissent après une rupture, et la facilité avec laquelle quelqu’un tisse de nouveaux liens étroits. Les effets sont réels et reproductibles, mais ne sont pas énormes. Les personnes présentant un attachement insécure rencontrent, en moyenne, plus de frictions dans leurs relations intimes. En moyenne.
Ce que l’attachement ne fait pas : dicter votre destin amoureux, déterminer si quelqu’un est compatible avec vous, ou diviser les individus en bons et mauvais partenaires. Une personne sécure peut avoir une relation chaotique. Une personne à l’attachement craintif peut avoir une relation stable, surtout avec un partenaire sécure capable de tolérer son instabilité émotionnelle sans la prendre personnellement.
La conclusion la plus solide de la littérature scientifique chez l’adulte est à la fois ennuyeuse et rassurante : des expériences répétées de sécurité dans une relation ont tendance à déplacer les schémas d’attachement vers la sécurité. Les individus évoluent. Pas du jour au lendemain, et pas sans frictions, mais ils évoluent.
Lire votre résultat avec honnêteté
Si vous avez fait le test et que vous avez obtenu le résultat « anxieux », cela ne veut pas dire que vous êtes quelqu’un d’anxieux. Cela signifie que votre façon de réagir aux scénarios spécifiques que nous avons proposés penche vers l’inquiétude et le besoin d’être rassuré. C’est une information utile. Ce n’est pas un jugement de caractère.
Si vous avez obtenu le résultat « évitant », vous n’êtes pas défectueux. Vous avez peut-être simplement une tolérance de base plus faible pour l’intensité dans les relations intimes, et cela présente aussi des avantages — vous avez tendance à garder votre calme, à ne pas faire peser votre charge émotionnelle sur les autres, et à conserver votre propre centre de gravité. L’inconvénient est le revers de cette même médaille.
Si vous avez obtenu le résultat « craintif », les recherches sont plus claires : ce schéma a tendance à causer le plus de conflits internes, et la thérapie s’avère souvent être l’aide la plus efficace. Non pas parce que vous avez un problème, mais parce que le schéma en lui-même — vouloir l’intimité et la craindre en même temps — est inconfortable à vivre, et les autres sont généralement de piètres substituts à un véritable travail sur soi avec quelqu’un dont c’est le métier de vous aider.
Et si vous avez obtenu le résultat « sécure » — bien. Continuez ce que vous faites.
Une chose à retenir
Les schémas sont des schémas, pas des étiquettes. Ils décrivent ce qui a tendance à se produire dans vos relations proches. Ils ne résument pas qui vous êtes. La question utile n’est pas « quel est mon style d’attachement » mais « à quel moment est-ce que je remarque l’apparition de ce schéma, et que se passe-t-il ensuite ? »
Le résultat de votre test est une piste pour répondre à cette question. Ce n’est pas la réponse absolue.
Faites notre test sur le style d’attachement — 20 scénarios, environ quatre minutes.